– Leila Lesbet « le voile n’est pas une question de modestie et de pudeur, mais bien un moyen de contrôle du corps de la femme »

Leila Lesbet « le voile n’est pas une question de modestie et de pudeur, mais bien un moyen de contrôle du corps de la femme »

Avertissement : Ceci est un document de travail d’une traduction pour anglophones, il devait figurer à l’origine sous le texte traduit en anglais mais pour des raisons de mise en page et de présentation il était plus lisible de séparer les deux versions. Il s’agit d’extraits d’articles et/ou entrevues, afin d’introduire les idées des autrices au grand public, mais en aucun cas d’un compte rendu exhaustif de leurs pensées… Afin de mieux les connaître n’hésitez pas à acheter leurs livres ! Merci pour votre compréhension.
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Biographie par MC Lortie : « Leila Lesbet est arrivée à Montréal en 2002 «Je suis venue ici parce qu’en Algérie, en tant que femme, ce n’était plus possible de vivre.» Enseignante dans son pays d’origine, elle trouve un emploi ici comme technicienne en éducation spécialisée dans une école. En gros, on lui confie les cas difficiles et son rôle est de désamorcer les crises, de rendre studieux des enfants qui ruent dans les brancards. Rapidement, elle s’engage aussi dans le mouvement féministe. Militante un jour, militante toujours. Avoir vu son nom affiché dans les mosquées en Algérie, invitant les fidèles à l’assassiner parce qu’elle a organisé des manifestations contre le pouvoir, notamment la marche du 8 mars 1994, n’a pas réussi à la faire taire. Elle devient membre de la Fédération des femmes du Québec (FFQ). Écrit des lettres d’opinion. S’engage dans les discussions. En 2009, elle se désole de voir la Fédération prendre une position controversée sur le port du voile dans la fonction publique. Elle est de celles qui trouvent que le voile n’est pas un accessoire ni même un insigne religieux. «C’est un islam que je ne connais pas, même si j’ai grandi avec des parents très croyants, très conservateurs.» Selon elle, le voile est plutôt un message. Un message de soumission, un message politique qui a cours depuis la révolution iranienne de 1979. Un recul. Dans les pays musulmans, des femmes sont violées parce qu’elles refusent de le porter, rappelle-t-elle. «Ce voile et cette burqa qu’on défend ici sont entachés du sang de toutes les adolescentes et les femmes qui ont voulu dire non.» Elle tient tellement à ses idées qu’elle voulait les faire entendre à la Fédération des femmes du Québec dans le cadre des états généraux que l’organisme a convoqués afin de déterminer ses orientations politiques pour les 20 prochaines années. Après avoir participé à certaines activités, dont un colloque en mai dernier, Leila s’est toutefois fait dire par les organisatrices de ce vaste mouvement de réflexion qu’elle n’aurait pas sa place aux «tables» de discussion qui ont cours actuellement en vue du grand forum final de novembre prochain. «Comportement problématique», lui a écrit la coordonnatrice des états généraux, Alice Lepetit. En lisant le courriel où c’était annoncé, Leila a cru être de nouveau en Algérie. «Vivre l’exclusion, ici, par des femmes, après ce que j’ai vécu, ce fut pénible», raconte-t-elle. Choquée, elle réplique: «Si j’ai choisi l’exil, ce n’est pas pour accepter, ici au Québec, des agissements de potentats…» Leila, elle, n’arrive pas à croire que ses idées, son temps, son énergie, sa volonté de participer aient ainsi été mis de côté. «Comment peuvent-elles parler d’inclusion, d’intersection, d’égalité? demande-t-elle. Quelle hypocrisie…»

« J’ai grandi dans une famille musulmane traditionaliste et pratiquante. Mon père était autodidacte, ma mère et ma grand-mère illettrées. Ce sont ces personnes qui m’ont appris l’islam et qui m’ont poussée à le lire, à le comprendre, mais surtout à ne pas m’arrêter à la lecture littérale et encore moins de colporter les faussetés qui sont préjudiciables aux femmes surtout. Il est vrai que toutes les religions n’offrent aux femmes que des strapontins. Et c’est aussi dans cette famille que j’ai appris à me servir de l’ijtihad (effort intellectuel qui est issu de la tradition islamique depuis de nombreux siècles) pour lutter contre les dogmes et les blocages dans l’interprétation du Coran. Le voile fait justement partie de ces erreurs d’interprétation. Ainsi, le voile que des femmes portent sur la tête et que vous semblez trouver anodin, sachez qu’il n’a aucune existence dans le Coran. Vous gagneriez à lire sur ce sujet que vous défendez au nom du droit à la différence. Le voile n’est pas musulman, c’est notre étoile jaune, à nous, femmes musulmanes et non islamistes. Il est imposé par l’islam dévoyé par l’alliance du politique et du religieux depuis près de 40 ans. C’est cette vision islamiste qui a fait que j’ai dû quitter mon Algérie pour me réfugier au Québec pour échapper à mon exécution, cette vision fondamentaliste que votre parti semble avoir adoptée en son sein sans même en comprendre les dangers. Il n’y a aucun rapprochement à faire entre porter un piercing ou une tuque et porter un voile : ne pas les porter n’entraîne pas la mort pour les premiers, alors que déroger à une interprétation fondamentaliste de l’islam, comme c’est le cas pour le voile, peut mener la femme au fouet, à la prison, voire à la mort. Dans les pays où l’islamisme s’est imposé, les femmes prennent le risque d’une agression chaque jour non pour une faute commise, mais tout simplement parce qu’elles sont femmes. Ces femmes, je les admire pour ce qu’elles osent entreprendre dans un pays où le 911 n’existe pas. Pourriez-vous les regarder dans les yeux et leur dire que le voile que vous défendez au Québec a une autre connotation, qu’il est le symbole du libre choix ? Ma mère qui le portait par tradition imposée l’a toujours haï. Nous, les filles de l’indépendance, nous ne l’avons jamais porté. C’était une époque où les hommes de ma société étaient plus attachés à la modernité et au progrès qu’aux cheveux de la femme, devenus source de perversion. Chaque geste que vous poserez ici pour rendre l’islam politique acceptable fera reculer le combat de ces femmes et fera la joie des islamistes qui imposent ce voile dans les pays musulmans. Si vous étiez mère de deux filles comme je le suis, trouveriez-vous normal qu’elles doivent se cacher les cheveux pour qu’elles ne souillent pas la pensée des garçons qu’elles côtoient ? En fait, le voile n’est pas une question de modestie et de pudeur, mais bien un moyen de contrôle du corps de la femme. Il était de tradition chez la gauche de porter la cause des opprimées où qu’elle soit. Aujourd’hui, nous constatons que cet idéal est remplacé par le relativisme culturel, qui, pour nous, les musulmanes, est la plus haute forme de mépris, puisque ici, nous sommes invisibles et inaudibles si nous ne sommes pas voilées. Prenez le temps de lire Olfa Youssef, Ani Zonneveld, Fatima Mernissi, Mohammed Arkoun, Rachid Benzine, Soheib Bencheikh, Tahar Haddad, Chahla Chafiq, pour ne citer que ces quelques réformistes, qui sont de plus en plus nombreuses et nombreux et qui font face à l’islam politique commandité à coups de pétrodollars et relayé par la gauche communautariste. »

« Pour cette soirée « VOIX DE FEMMES », c’est l’histoire de NEDJMA que j’ai choisie de vous raconter. C’est un vécu très puissant démontrant le courage et l’abnégation d’une jeune fille aux ressources multiples. Le récit de NEDJMA n’est pas une fiction mais une réalité triste et courageuse d’une jeune fille. Nous avons toutes et tous rencontré une NEDJMA sur notre route. Notre devoir est de ne pas les laisser seules.

« Je suis née en Algérie, dans le mauvais pays et dans le mauvais corps, autrement dit, je suis venue au monde avec deux handicaps. Et comme si cela ne suffisait pas, la providence m’a fait naître cadette, ce qui fait de moi une fille encadrée par deux mâles.

Cette position sociale dans un pays comme l’Algérie plongé progressivement mais sûrement dans un patriarcat politico-religieux ne vous laisse que deux choix, celui de vous tenir debout contre l’adversité ou de vous soumettre au diktat de la majorité qui de jour en jour délaisse la raison au profit d’une religiosité d’apparence doublée d’une hypocrisie certaine.

 Très tôt, j’ai su que ma liberté dépendrait de moi et que seules les études seraient mon salut. C’est cette voie que j’ai choisie. C’est la seule solution qui s’offrait à moi. 

Le jour où j’ai vu mon nom affiché sur la liste des candidats reçus au baccalauréat*, une joie indescriptible m’envahit, je ne sentais plus mon être. Je me sentais invincible.

Septembre de l’année 2010 restera gravé dans ma mémoire. C’est le début de la réalisation de mon rêve : faire mon entrée à l’université et être la seule de la famille à donner cette joie et cette fierté à ma mère. 

J’ai choisi de suivre des études en sociologie. Je voulais comprendre le fonctionnement de ma société en général et celui de ma famille en particulier. 

Alors que je préparais ma deuxième naissance, celle que j’ai choisie, mes frères eux, mettaient une condition à mon entrée à l’Université.  Cet accès aux études serait conditionné par le port du voile. Pour moi, un autre combat débutait. 

Il n’était pas question que je me laisse faire même si dans ce combat ma mère ne me fut pas d’un grand secours. Du vivant de mon père, jamais ses fils n’auraient osé m’imposer quoi que ce soit.

Ma première année universitaire fut celle de tous les combats. J’étais constamment surveillée, épiée par deux hommes qui ne savaient pas quoi faire de leur temps alors que le mien était comble. 

Ainsi, j’accumulais les condamnations : condamnée par mon sexe, condamnée par ma société, condamnée par le code de la famille. Me voilà condamnée à l’excellence dans mes études et à gérer le stress causé par deux machos, qui eux, ne pouvaient assumer leur échec encore moins ma réussite.

J’arrivais malgré tout à trouver mon bonheur, mes résultats y participaient grandement. Je partageais ma joie avec ma mère qui était fière de moi, même si au fond de son cœur elle aurait aimé que l’un de ses fils en soit l’auteur. 

Mes résultats excellents me permettaient tous les espoirs et désespéraient mes frères de réaliser leur domination sur la femelle que je suis. À leurs yeux, j’étais une rebelle.


Mon entrée en deuxième année universitaire me fit oublier tout ce que j’avais enduré et tout ce que j’allais endurer, je n’y pensais plus. 

J’avais si foi en l’avenir, j’étais si confiante en mes capacités que je ne voyais plus rien mis à part mes études, ma réussite qui me mèneraient vers la liberté. 
Un soir de l’année 2012, j’arrivai chez moi après mes cours à l’heure habituelle. Dès que je franchis le seuil de la porte de notre demeure, mon jeune frère m’accueillit avec une paire de gifles retentissantes qui me firent trébucher. J’ai trébuché non par faiblesse mais par l’inattendu du geste. Je me suis retrouvée sur le sol recevant des coups de pieds dans le ventre, sur le dos, à la tête, sur les cuisses, sur la poitrine : aucun membre n’échappa à la folie furieuse qui habitait ce démon. 

Quand il s’arrêta, je pensais mon calvaire terminé. Il n’en fut rien, c’est mon aîné qui prit la relève. Chaque coup que je recevais était ponctué de phrases explicatives, de photos prises avec son téléphone intelligent, lui qui ne l’était pas. 
Je hurlai de douleur et surtout de rage, les suppliant de me laisser leur expliquer que cet étudiant, à qui je parlais, était mon binôme et que nous nous entendions sur la répartition des recherches et sur la rédaction du texte final à remettre au professeur. 

Dans une voix que je ne leur connaissais pas jusque-là, ils me répétaient que je ne devais parler avec aucune personne du sexe opposé. Mon benjamin m’avait même prise en photo en train de rire. 

Quel sacrilège ! 
Quelle profanation ai-je osée ? 

Rire voulait dire que je communiquais mon bonheur à un étranger…. Que je lui signifiais que sa présence me procurait de la joie. Comment la présence d’un homme pouvait-elle me rendre heureuse ? À leurs yeux cette joie est la preuve de l’intimité qui s’est installée entre lui et moi. Et si un voisin ou une de leur connaissance m’avait surprise en compagnie masculine, me répétaient-ils ? Mon impudence jetait le discrédit sur notre famille. 

Comment pouvaient-ils penser un seul instant que je pouvais avoir un esprit aussi torturé que le leur du fait de la présence d’un homme ? Cette personne qui pour moi est un collègue, pour eux ce ne peut être qu’un amant. Comment mes parents ont-ils pu engendrer une telle pathologie ? Mon père doit se retourner dans sa tombe. 

Comment font-ils pour renfermer autant de haine à mon égard ?
 Suis-je à ce point dangereuse ? Pour qui ? Pourquoi ? 

J’étais seule, livrée à mes tortionnaires. 
Mais où était donc ma mère ? Ont-ils profité de son absence pour comploter ma mort ? 
NON, ma mère était présente, elle a tout vu, tout entendu, tout suivi. Elle était le seul témoin de ma souffrance, de la violence qu’exerçaient ses fils sur mon corps abandonné.

 J’ai même prié fortement qu’elle fasse au moins semblant de me défendre. Mais aucun geste de compassion ne vint de cette femme que seule sa progéniture mâle pouvait hisser dans cette société qui glorifie le masculin malgré la bêtise qui le détermine.  

Me voilà gisant sur le sol froid, ce qui calma quelque peu les douleurs. Mon corps ne m’appartenait plus, je ne sentais plus rien sauf l’indifférence de ma mère et les menaces de ses deux fils de m’enfermer désormais à la maison puisque je devenais un péril ambulant pour l’honneur de la famille. 

Par cet acte, pervers à leurs yeux, par ces paroles que je venais d’échanger avec un étudiant, je venais de sceller le déshonneur de la famille. 

Je reconnais avoir commis un crime oui, celui d’avoir osé la réussite. 
Mes rêves s’évanouirent, mon monde s’affaissa. Ne plus remettre les pieds à l’université, autant mourir que vivre enfermée.

 Tout s’écroula autour de moi.Je n’avais d’emprise ni sur mon corps, ni sur mon devenir. Aucune liberté, aucun espoir à l’horizon. J’ai trop mal, je ne veux plus souffrir. Comment me délivrer de la vie qu’ils me préparaient ?


Quand mes tortionnaires se sont arrêtés, je suis arrivée péniblement à ramasser le peu de force qu’ils m’ont laissée, j’étais seule dans la chambre avec une immense fenêtre donnant sur la rue. 

Je jetai un coup d’œil sur cette prison que je ne voulais plus voir et c’est à ce moment que je vis ma mère, songeuse, assise sur le bord de son lit. Était-elle fière de ses deux fils ? À quoi pensait–elle pendant que les deux lâches qu’elle a engendrés déversaient leur fiel sur moi ? 
Elle n’a montré aucune compassion, elle n’a pas essayé de m’aider. Pourquoi ? 

Le saurai-je un jour ?
 Mon père décédé, j’étais donc réellement orpheline.
 Un air frais et doux entrait par la fenêtre entrouverte. 

Pour moi c’est un signe de la providence, un appel de la délivrance. Il est temps de quitter ce lieu maléfique sordide et néfaste. Mais je ne voulais pas partir sans prévenir ma grand-tante et amie. Je forme son numéro, je ne lui laisse pas le temps de parler, très vite je lui dis : «Je vais me suicider». 

Je ferme mon téléphone et me dirige très rapidement vers la fenêtre. 
Je rassemble mon courage et fais un saut de trois étages.


Je ne sais pas ce qui s’est passé ensuite. Puis, des voix lointaines me parvenaient. J’essayais de reconnaître celle de mon père, de ma grand-mère. Quand j’ai entrouvert péniblement les yeux, j’ai vu des inconnus penchés au-dessus de cette masse de chair qui semblait être mon corps. Je ne sentais plus rien, j’étais donc devenue insensible. Je revins à moi très lentement. Suis-je dans le monde de l’éternité ? 

Quand je repris connaissance, après plusieurs jours dans un semi-coma, je me suis rendu compte que je venais de défier la mort. Je me sentais immortelle. Cette invincibilité me donna le courage qui manquait à toute ma famille. 

Le médecin qui me soignait expliqua très clairement dans son rapport que mon corps portait les traces d’une extrême violence et que toutes mes blessures n’étaient pas uniquement le résultat de ma chute. 

Je n’ai pas hésité un seul instant à confirmer son diagnostic et à raconter mon calvaire. J’avais une écoute impartiale et je devais la saisir. 

Ma mère essaya de me convaincre de ne pas accabler ses fils. Elle osa me demander cela alors que je venais de perdre l’usage de mes jambes. Est-ce réellement ma mère, cette femme qui prononça ces paroles alors que ses fils m’ont condamnée à la chaise roulante ? 

Je lui clamais un refus catégorique. Je ne pouvais pas et je ne devais pas m’arrêter à ce stade dans mon combat. Je ne remarcherai peut-être jamais. Ils ne peuvent rester impunis. Ce n’est pas mon infirmité qui semblait l’inquiéter mais bien le sort de ses fils chéris. 
Je venais de décider que mon infirmité sera le prix de ma liberté. 

J’ai vaincu la mort ou bien celle-ci ne voulait pas de moi et me renvoya vers la vie.  Est-ce un signe de la providence ?

Quand on ose défier la mort, plus rien ne semble impossible. Je venais de prendre une décision qui choqua ma mère et fit trembler ses fils. Mes frères avaient le choix d’accepter toutes mes demandes ou de répondre de leur acte devant la justice. Acte qu’ils avaient prémédité.

 Je pensais sincèrement qu’ils choisiraient de défendre leur machisme et les pseudo-valeurs qui le caractérisaient. À ma grande surprise, ils obtempérèrent à toutes mes demandes. Ils n’avaient plus le choix. 

Je dois préciser que ma tante et son époux m’ont fortement soutenue dans ma démarche. Un autre combat m’attendait, celui de retrouver l’usage de mes jambes. Je dois remarcher, mes frères ne peuvent être les vainqueurs.  

Cela dura deux longues années entre hospitalisation, chirurgies multiples et rééducation. J’ai défié tous les pronostics des médecins qui ne m’accordaient qu’un cinquante pour cent au maximum de récupération de mes capacités motrices.


Ma décision fut autre. Je ne serai jamais une grande sportive, certes, mais je remarcherai, il le faut. Il est vrai que je dois constamment ménager mes jambes affaiblies, que j’aurai souvent besoin d’un support, mais je suis libre.

 Lorsque je repris vie et études, ma mère et ses fils décidèrent de me couper les vivres. C’est le moyen des lâches pour rendre dépendantes les femmes dans ce pays qui a perdu tout repère et où l’injustice des hommes règne en absolu.

 J’ai répondu à leur geste par une plainte pour réclamer ma part de l’héritage laissé par mon défunt père. La justice m’accorda ce que la loi religieuse concède à la femme musulmane. 
Je venais de gagner la troisième manche et ce ne sera pas la dernière. »


Je conclue en disant : 
C’est le récit de Nedjma qui veut dire Étoile, un prénom prédestiné. 
J’ai eu le privilège de la côtoyer le temps d’un voyage en Algérie. 

En me racontant son histoire, le visage radieux de Nedjma ne reflétait ni haine ni ressentiment. Sa réussite la comblait et lui donnait une incroyable force.
 Nedjma a obtenu son baccalauréat en sociologie, s’est inscrite en maîtrise. Aujourd’hui, elle n’a qu’un seul objectif : terminer ses études et quitter ce pays qui l’a vue naître et où les femmes n’ont plus leur place. 

Elles sont combien les Nedjma à travers le monde où le patriarcat et la religion font bon ménage pour essayer de ternir leur lumière ?


Mais que serait notre ciel sans le scintillement de ces étoiles ?


Toutes les Nedjma peuvent briller dans le ciel de leur pays pour peu que l’Occident bienveillant, installé dans le confort et l’indifférence, décide de reconsidérer sa vision de l’islam politique ancré dans le patriarcat le plus avilissant.


L’Occident ne peut et ne doit pas voir dans l’aliénation des femmes une forme d’émancipation ou de choix individuel : chaque année, la cérémonie du voile imposée aux fillettes est une forme d’aliénation sur laquelle le Québec ferme les yeux, comme il l’a fait pour la communauté LEVETAHOR.  
L’excision n’est pas une valeur sociale respectable, c’est un crime contre l’humanité, contre des fillettes, ces femmes en devenir, nous ne pouvons l’accepter.


Aucune fille, aucune femme ne décide de son propre chef que son corps est une attraction sexuelle.


Il n’y a pas de croyance sincère si cette dernière demande toujours que le sacrifice se conjugue au féminin.


N’oublions pas : Aucune religion, aucune croyance sincère n’a jamais reconnu l’égalité homme femme.


Pour ma part, je reste persuadée qu’aucune Déesse ni aucun Dieu ne peut dicter une telle infamie. »

*Diplôme français ouvrant l’accès à l’Université.

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